Les origines de la famille Kerlirzin (2)

Après avoir vu, dans un précédent article, quelle était la signification du patronyme Kerlirzin, et les possibles origines de la famille, nous tentons aujourd’hui d’en apprendre un peu plus sur les premiers porteurs connus de ce nom. Et quelques surprises sont au rendez-vous…

Perceval le Plouganiste

Une recherche dans la base Généabank révèle un acte[1] en date du 6 janvier 1570 et portant mention du baptême, à Plougasnou, de Catherina KERLIRPHIN, fille d’un Percevalus et d’une Francisca Le Guernigou. Intéressant à plus d’un titre, cet acte est la plus ancienne mention du nom Kerlirzin en tant que patronyme. Il présente une graphie Kerlirphin, à rapprocher des formes Querirvin attestée en 1695[2] ou Kerirfin en 1729[3] qui indiquent que la prononciation de la sifflante [z] se rapprochait des labio-dentales [f] et [v]. La fréquence de ces occurrences ne permet pas de plaider pour un défaut de prononciation au moment de la signature des registres !

L’acte de baptême de Catherine porte surtout la mention de son père. Percevalus, très vraisemblablement né aux alentours de 1550, peut être considéré comme le plus ancien porteur connu du nom. Ce prénom, populaire depuis le Moyen Age est tombé en désuétude avant de connaître le regain au début du vingtième siècle, grâce au Parcifal de Wagner.

Un patronyme trégorrois

Une quinzaine d’années plus tard, les registres paroissiaux de Garlan commencent à égrener les baptêmes des enfants d’Yvon Kerlirzin et de Marguerite Begat. Cinq naissances se succèdent jusqu’en 1595. Puis un François Kerlirzin voit le jour à Plougasnou en 1606 ; il s’agit d’un enfant illégitime, fils d’une Françoise Kerlirzin. On retrouve le patronyme dans les registres à Morlaix, paroisse de Saint-Mathieu (1633), puis à Garlan et Saint-Jean-du-Doigt dans les mêmes années.

Conclusion

On aura remarqué que les paroisses mentionnées sont toutes situées dans le pays du Trégor. La fréquence d’une forme Kerirfin pose question, notamment quand on sait qu’il existe un hameau du même nom en Tréflévénez, au sud-est de Landerneau. La distance qui sépare ce lieu-dit du Trégor Finistérien où se concentre le patronyme suggère qu’il n’existe pas forcément de lien entre le lieu et la famille (encore que la plus grande prudence doive être observée : un paroissien de Tréflévenez a très bien pu migrer et fonder une famille à des dizaines de kilomètres). Le hameau de Kerlirzin, en Plourin-Lès-Morlaix, ne se trouve qu’à environ 25 kilomètres de Plougasnou, et à seulement 13 kilomètres de Garlan, ce qui semblerait indiquer qu’il s’agit d’une seule et même famille, originaire de Plourin. La différence de graphie pourrait alors résulter d’une prononciation locale.

Un dernier volet à cette enquête s’attachera à voir la propagation du nom Kerlirzin bien au-delà du Finistère.

Fabrice Kerlirzin

[1] Identifiant CGF de l’acte : N-1570-2918800-50913-00584 – (Relevé ‘BMS <=1792’)

baptême – 06/01/1570 – Plougasnou

KERLIRPHIN Catherina

enfant de Percevalus et de Francisca LE GUERNIGOU
Parrain : JAC Guillermus (prêtre)
Marraine : An GUERNIGOU Catherina, JAC Guillemeta

[2] Par exemple : acte de baptême de René Kerlirzin (Garlan, 08/05/1895)

[3] Par exemple : acte de sépulture de François Kerlirzin (Saint-Jean-du-Doigt, 18/08/1729)

L’usine de teillage de lin du Stang (Plougoulm – Saint-Pol-de-Léon)

C’est au Stang que mes arrière grands parents maternels Yves Gillet et Marie-Louise Rioualec se sont rencontrés. Voilà l’occasion de découvrir ce hameau dominé par son usine de teillage de lin…

Une histoire liée au textile

Le quartier du Stang, non loin du manoir de Kermorus et de la plateforme SICA qui a fait couler tant d’encre ces dernières années, se trouve en contrebas de la route de Saint-Pol-de-Léon à Lesneven. Une rivière, l’Horn, traverse le hameau et le partage entre les communes de Plougoulm à l’ouest et Saint-Pol à l’est. Du XVe au XVIe siècle, un manoir y a abrité la famille de L’Estang[1] qui blasonnait D’azur à deux carpes d’argent en fasce[2]. Un manoir est encore visible sur le cadastre napoléonien ; il s’agit vraisemblablement du manoir du XVIe siècle, qui fut détruit après 1850[3].

Il semble que ce soit vers 1852[4] que Sylvestre Marie Hippolyte Macé créa une usine de teillage de lin au Stang[5]. Ce n’est pas ici le lieu de retracer la très riche histoire de la production textile en Léon[6], mais cette industrie a perduré jusqu’en plein XXe siècle. La légende raconte que l’art du tissage du lin naquit au Château de Kerjean, où la vertueuse Françoise de Quélen avait enfermé trois des prétendants envoyés de Paris par son époux pour s’assurer de sa fidélité ; pour tromper leur ennui et gagner leur pitance, les trois nobliaux auraient imaginé des procédés textiles qui firent la fortune de la région.

On procédait au teillage après le rouissage des fibres de lin. L’opération consistait en un broyage qui brisait la partie ligneuse du lin entre des mâchoires en bois qui laissaient la fibre intacte, puis un teillage qui isolait la fibre ; celle-ci peignée donnait la filasse prête à être transformée en fil[7]. Les grandes quantités d’eau nécessaires étaient fournies par l’Horn. Le moulin du Stang traitait le lin provenant notamment de Cléder, Plouénan, Plouvorn, Plougourvest et Plouzévédé[8] pour l’exporter en Amérique du sud.

L’usine passa ensuite à la famille Pochard, mais la concurrence du lin anglais conduisit à la faillite. Le complexe ferma en 1952[9].

Un complexe industriel

1. route de St-Pol à Lesneven (en pointillés le tracé ancien) 2. l'Horn 3. ancienne retenue 4. emplacement du manoir 5. logement des ouvriers 6. moulin/usine 7. propriété du directeur 8. emplacement du café-épicerie Gillet/Rioualec

1. route de St-Pol à Lesneven (en pointillés le tracé ancien)
2. l’Horn
3. ancienne retenue
4. emplacement du manoir
5. logement des ouvriers
6. moulin/usine
7. propriété du directeur
8. emplacement du café-épicerie Gillet/Rioualec

Côté Saint-Pol-de-Léon, le moulin proprement dit occupe le centre du site. C’est un vaste bâtiment de pierres dont les nombreuses ouvertures sont en partie murées de nos jours. Il est construit à proximité immédiate de la rivière, avec laquelle il communique par un réseau de canaux équipé de petits bassins rappelant des écluses miniatures. Dominant l’usine, la maison du directeur trône dans un grand jardin arboré.

Côté Plougoulm, le logement des ouvriers consiste en l’alignement de moins d’une dizaine de maisonnettes en pierre, avec jardinet donnant sur la rivière. De l’autre côté de la route se voit l’emplacement d’une retenue d’eau aujourd’hui asséchée (une basse-cour a remplacé les poissons…).

Le quartier du Stang, dont les infrastructures industrielles sont encore parfaitement lisibles, mériterait d’être largement plus connu, et peut-être même exploité à des fins touristiques. Il n’y aurait pas trop de difficultés pour trouver une fonction au grand bâtiment du moulin désaffecté.

Le bâtiment principal

Le bâtiment principal

Cachée dans les arbres, la maison du directeur domine le site

Au second plan, cachée dans les arbres, la maison du directeur domine le site

Le logement des ouvriers

Le logement des ouvriers

[1] http://www.infobretagne.com/saint-pol-de-leon.htm

[2] http://www.infobretagne.com/plougoulm.htm

[3] http://www.gencom.org/France/Communes.aspx?ID=d409329049c14b7eba49a3bbf5ed21e6

[4] http://www.roscoff-quotidien.eu/

[5] http://www.geneanet.org/forum/?topic=454661.0

[6] On pourra par exemple se reporter à Martin J. et Pellerin Y., Du lin à la toile – La proto-industrie textile en Bretagne, PUR, coll. « Histoire », 2008

[7] http://www.roscoff-quotidien.eu/histoire-bulletin-paroissial-266.htm

[8] Ibid.

[9] http://www.geneanet.org/forum/?topic=454661.0

Les origines de la famille Kerlirzin (1)

Lieu-dit Guerlirzin dans la campagne de Lannéanou

Lieu-dit Guerlirzin dans la campagne de Lannéanou

Origine du nom

L’essor démographique du XIIe siècle a favorisé la création des noms de famille. Cependant, il semble que l’usage de le transmettre à ses descendants ne se soit généralisé que plus tardivement[1]. Jamais choisi par la famille elle-même, le patronyme pouvait être déterminé de quatre façons :

  • un nom de baptême,
  • un sobriquet,
  • un métier,
  • un nom de lieu[2].

En ce qui concerne la présente étude, c’est cette dernière occurrence qui doit être retenue. Le morphème ker est bien connu en basse Bretagne, où il désigne un « village[3] ». Quant à lirzin, il désigne des « fêtards ». Kerlirzin signifie donc « hameau des fêtards ».

Deux toponymes

La campagne bretonne présente deux toponymes pouvant être rattachés à ce nom.

A Plourin-Lès-Morlaix : Un lieu-dit Kerlirzin existe tel quel dans la campagne de Plourin-Lès-Morlaix. Il s’agit d’un pré situé à moins de 2 kilomètres à l’est du bourg, et dans lequel a existé une ferme aujourd’hui disparue. La carte de Cassini (dressée dans les années 1780) n’est pas des plus claires quant à cet endroit. A l’emplacement du lieu-dit, elle indique un Kerdilizen, dont le nom correspondrait plutôt au hameau voisin de Kerdaligen. Un autre lieu n’est pas très lisible mais se terminerait par les lettres ZIN ; s’il s’agissait bien là du toponyme qui nous intéresse, il faudrait envisager que le lieu a changé de place au fil du temps, ou que ceux qui ont dressé la carte se sont un peu perdu au milieu de noms aux sonorités tellement similaires. Le cadastre napoléonien, quant à lui, montre une ferme relativement importante, constituée d’au moins six bâtiments. Cette impression de relative grandeur est confortée par la Carte Topographique de la France dressée en 1863, et la taille des caractères utilisés : Kerlirzin apparaît comme plus importante que ses voisines Coatreval ou Parc-Morvan par exemple. Si des bâtiments sont encore visibles sur la photographie aérienne prise par l’IGN en 1952, il n’en reste plus rien aujourd’hui. La photo actuelle du géoportail IGN montre une herbe plus rare à l’emplacement des anciennes constructions et une modification du tracé de la route qui y menait. Si le hameau est encore mentionné sur les plans de la commune disponibles à la mairie, plus aucun panneau ne signale l’ancienne ferme et il est à craindre que ce toponyme soit sur le point de sortir de toute mémoire…

Carte de Cassini

Carte de Cassini : environs de Plourin-Lès-Morlaix

Cadastre napoléonien

Cadastre napoléonien

En 1952 (à gauche) et aujourd'hui d'après l'IGN

Le hameau en 1952 (à gauche) et aujourd’hui d’après l’IGN

A Lannéanou : Au nord de Lannéanou, à environ deux kilomètres du bourg, un lieu-dit Guerlirzin est une variante du même nom. Omis par les Cassini, il ne semble pas que les constructions aient été aussi conséquentes qu’à Plourin-Lès-Morlaix : un corps de ferme, constitué de quelques bâtiments regroupés autour d’un puits, comme le montre le cadastre napoléonien. Les terres s’étendent relativement loin autour, mais c’est assez fréquent dans les solitudes du centre Finistère. La Carte Topographique ne mentionne le lieu qu’en petits caractères. En 1952, le hameau, toujours aussi isolé, présente sensiblement le même nombre de bâtiments, mais l’habitation principale semble avoir été démolie et reconstruite quelques mètres au nord, bien que la comparaison entre le cadastre napoléonien et la photo aérienne ne soit pas toujours aisée. Quoi qu’il en soit, les deux clichés de l’IGN pris à soixante ans d’intervalle ne montrent pas de différences importantes à une exception près : une route aujourd’hui disparue donnait accès à la ferme par l’arrière. De nos jours, on voit peu de choses depuis la route. Le hameau semble abandonné à en juger par l’état d’abandon du chemin qui y mène. Un épais manteau végétal ne permet pas de voir ce qu’il reste de constructions, mais il est vrai que nous nous y sommes rendus en été et qu’une excursion après la chute des feuilles serait à envisager.

Carte de Cassini

Carte de Cassini : nord de Lannéanou. Le lieu-dit Guerlirzin ne figure pas.

Cadastre napoléonien

Cadastre napoléonien

Le hameau en 1952 (à gauche) et aujourd'hui

Le hameau en 1952 (à gauche) et aujourd’hui

Conclusion

Lequel de ces deux lieux doit être considéré comme le berceau de la famille Kerlirzin ? Faut-il au contraire envisager que les deux hameaux ont chacun donné naissance à une famille distincte de l’autre ? Le manque d’archives entre la période où s’est fixé le patronyme et les premiers registres nominatifs ne permettra sans doute jamais de répondre à ces questions.

[Une seconde partie de cet article tentera de faire un point sur les plus anciens porteurs du nom Kerlirzin]

(A suivre)

[1] http://www.commentfaiton.com/fiche/voir/10181/comment-comprendre-l-apparition-des-noms-de-famille

[2] http://www.webgt.net/cousins/etatcivil.php?offset=5

[3] Un bâtiment d’habitation et une dépendance suffisent pour qu’on parle de village en Bretagne.

Sulpice Kerlirzin (1843-1898) – Partie 1

KERLIRZIN Sulpice - Signature

Signature de Sulpice en 1870

Dans un arbre généalogique présentant plus de 1500 ancêtres directs, il n’est pas possible de retracer le parcours de chacun, et seul un petit nombre d’ascendants peuvent être « pistés » pour essayer de les connaître un peu mieux. Cette sélection drastique n’est pas toujours aisée : quand on ne possède guère plus qu’une date de naissance, de mariage, de décès, un ou deux noms de commune, voire la mention d’une profession, comment choisir ceux qui offrent un potentiel de travail ? Comment peser, sur ces bases minimes, l’intérêt de telle ou telle personne ? Comment être certain de retrouver assez d’informations à recouper pour être en mesure de dresser un portrait qui tendrait vers une fidélité de toutes façons impossible à atteindre totalement ?

Ce n’est pourtant pas tout à fait par hasard, que je me suis tourné vers mon trisaïeul : Sulpice Kerlirzin. Les sonorités du nom d’abord m’ont séduit. La ruralité profonde et rude du patronyme – qui est le mien – associé au prénom policé dont la saveur un peu désuète ressuscite toute une époque avait de quoi attirer le novice en recherches généalogiques que j’étais. Son métier, meunier, suscitait également la curiosité au milieu de la longue lignée de cultivateurs qui se déroulait au gré des actes de l’Etat civil, d’autant que le moulin qui avait servi de cadre à sa vie professionnelle semblait être sorti de toute mémoire. L’exotisme, enfin, que représente pour un enfant de la sainte terre léonarde la « montagne rouge » et l’Argoat a fini par entériner le choix de Sulpice comme objet d’étude.

Chaque être s’inscrit dans un terroir, une société, une famille, etc. Il est impossible de prétendre cerner telle personne sans évoquer les différents cadres – historique, géographique, social – dans lesquels il a évolué. Ainsi, outre le fruit de mes propres recherches sur cet ancêtre, cette modeste série tente aussi de rappeler les différents contextes de son existence. Puissent ces quelques articles permettre de le faire revivre un instant !

(à suivre)

Bienvenue…

« Quelle chance vous avez de vous appeler Kerlirzin… » me dit un jour Fañch Morvannou. Le grand brittophone – également latiniste émerite au demeurant – prononçait mon nom en roulant les [r] et dissociait les deux lettres finales en insistant sur la nasale. Je bredouillai, un peu gêné, quoique sensiblement flatté, que Morvannou c’était quand même pas mal non plus. 

Je ne m’étais en fait jamais trop posé de questions sur mon nom. Je savais qu’il signifiait « hameau des joyeux drilles » (un comble quand on n’est pas particulièrement fêtard) et que la famille paternelle venait vaguement des « montagnes » du Centre Finistère. 

Quant à la famille de ma mère, les Bolloré, je savais qu’on faisait difficilement plus léonard, et que le riche industriel du même nom n’avait, hélas !, aucun lien de parenté avec nous (à dire vrai, je cherche encore… On ne sait jamais… Des fois que… Enfin voilà quoi…)

Mais ça, c’était avant. En 2013. Quand j’ignorais que toute une palanquée d’ancêtres tissait d’inextricables filets dans lesquels je me suis pris comme un bleu – mais après tout, par rapport à eux, c’est bien ce que je suis. 

C’est alors, en septembre 2013, que j’ai fait la rencontre de quelqu’un, que je connaissais déjà (oui, je suis très fort pour les effets de suspens qui ne mènent nulle part) : un de mes professeurs de fac – latiniste lui aussi – qui m’aida à trouver mon premier acte d’Etat civil. Le soir-même je téléchargeai un logiciel de généalogie.

C’était foutu. J’étais cuit. Et 2600 ancêtres retrouvés plus tard, la cuisson se poursuit. En votre compagnie – que je devine déjà fort agréable – si vous le souhaitez…

Bonnes découvertes !

Fabrice Kerlirzin